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Emmanuelle, Jean-Luc et les autres collègues de XVIII-21 qui m'ont vu marchander âprement chez un antiquaire du souk d'Alep un presse lettres de fer-blanc en forme de carpe connaissent ma fascination pour ce poisson. Personne ne comprend vraiment pourquoi je m'y intéresse tant - et je me le demande parfois moi-même avec perplexité.
L'animal est d'un abord réservé, mais craque (disent les pêcheurs spécialisés) pour les sucreries : c'est le côté carpe de Jean-Christophe.
Ce poisson proverbialement muet, quand il daigne remonter des fonds vaseux où il se plaît, gobe à la surface des étangs avec une mimique qui n'échappe pas à l'observateur, une sorte de cri véhément mais silencieux. La carpe aspire à l'expression, au chant : voilà peut-être pourquoi elle a pu devenir une sorte de mascotte pour un musicien qui est aussi écrivain — ou vice versa.
Implicites dans le premier roman que j'ai écrit (Transports, Denoël, 2002), les carpes font surface dans mon deuxième livre ( Comme si elle était morte , Denoël, 2004) et devraient d'une façon ou d'une autre fournir le motif principal de mon prochain bouquin, en gestation. |