Avant de venir m'amarrer quatre années en quai de Saône auprès du luthiste Eugène Ferré, j'ai zigzagué entre Andrea Damiani à Urbino, Rolf Lislevand à la Seu d'Urgell, Yasunori Imamura à Spa et Jakob Lindberg à Nordmaling — c'est avec lui que j'ai pris mon premier cours de théorbe, très au nord du Cercle Polaire... — mais c'est avant tout à Pascale Boquet que je dois d'avoir commencé d'un bon pied ma carrière de luthiste. Les choses se sont passées ainsi, en septembre 1992 : à force de dissertations et de versions grecques, je venais d'entrer à l'ENS et je me suis retrouvé d'un coup en possession d'une somme d'argent considérable, quelque chose comme 6000 francs d'alors, mon premier salaire de fonctionnaire stagiaire. J'ai tout dépensé illico pour m'acheter un luth. J'étais guitariste, et, pendant une semaine, j'ai déchiffré tout Dowland, tout Francesco da Milano, etc. Après, je suis allé voir Pascale : avec tact, elle m'a montré tout ce que je devais commencer par désapprendre, et pendant deux ans je suis allé travailler avec elle au CNR de Tours. Un département de musique ancienne venait d'y ouvrir dans un joyeux bordel, et le TGV Atlantique fonctionnait depuis peu...

À l'Ecole Normale Supérieure, il y avait les séminaires de musicologie qu'animait le regretté Jean-Michel Vaccaro, grand connaisseur du luth et de son répertoire. J'y allais une fois par semaine. Le reste du temps, à côté de mes activités musicales déviantes, j'ai suivi le mouvement général et passé sans trop réfléchir une agrégation de Lettres. Ce pedigree m'a permis, sous prétexte d'aller enseigner à l'étranger, de voyager, d'apprendre le suédois — dont je suis aujourd'hui devenu traducteur, — de découvrir l'Italie. Il m'a quand même fallu trois ans de monitorat en Sorbonne pour admettre que je préférais la musique aux servitudes académiques.