Jean-Christophe Frisch, quel est votre itinéraire ?

J’ai grandi dans une famille où la musique était très présente, puisque mon père Jacques Frisch est claveciniste et que les amis de la maison se nommaient Scott Ross ou Gilbert Bezzina… Et le voyage a lui aussi toujours eu une place importante dans ma vie. Comment ne pas associer les deux ? Adolescent, j'écoutais beaucoup de musiques traditionnelles et j’étais passionné par tous ces univers musicaux. Je pratiquais aussi la flûte baroque. J’ai peu à peu pris conscience que les musiques du monde sont toutes fondées sur une dialectique entre équilibre et déséquilibre, comme la musique baroque ; que le rapport instable entre musique savante écrite et musique de tradition orale bascule en Occident au 18ème siècle, avec Mozart, l’écrit étant dès lors considéré comme la seule pratique « noble » de la musique. J’étais passionné par ce que j’entendais mais il ne m’était pas venu à l’idée de faire de la musique mon métier.

Comment a débuté votre carrière de musicien ?

J'étais étudiant en biologie. J'étais particulièrement sensible à l'alliance de la rigueur scientifique et de la découverte d'une nature très diverse. J’ai eu le choix entre une carrière de biologiste et celle de musicien, j’ai choisi la musique. Les études de biologie m’ont enseigné la précision, que je mets désormais en application dans mes recherches musicologiques. C’est une démarche qui est un nécessaire contrepoint à l’imaginaire et au goût de l’exotisme suscités par les thèmes abordés.
J’ai petit à petit expérimenté que l’idée de « world music », ou plutôt de croisement entre pratiques musicales, n’est pas une invention du 20ème siècle, mais une pratique constante, notamment aux 17ème et début du 18ème siècles. C'est vraiment cette voie qui m'a attiré et m'a fait basculer dans la pratique professionnelle de la musique, ce qui n'était pas prévu au départ !

Comment est né le projet XVIII-21 ?

J’ai eu la chance de commencer en tant que flûtiste au sein de la Grande Écurie et la Chambre du Roi, avec Jean-Claude Malgoire. C’est lui qui m’a transmis un aspect fondamental de ma démarche : la musicologie ne doit jamais nous faire oublier que nous sommes des saltimbanques, et que sur scène, elle ne nous sert plus à rien ! Puis j’ai commencé à enregistrer pour Adda et Erato des disques consacrés à Gaspard le Roux, Marin Marais et au jeune Mozart. L’accueil de la critique m’a encouragé à développer ce qui me tenait à cœur depuis longtemps. C’est en particulier, le succès de l’enregistrement de l’intégrale des sonates pour flûte de Vivaldi qui m’a décidé à créer XVIII-21 Musique des Lumières, devenu depuis XVIII-21 Le Baroque Nomade. Je voulais mettre en œuvre mes conceptions de la musique baroque : confronter nos pratiques avec les traditions vivantes des musiques extra européennes, pratiquer l’improvisation dont cette musique se nourrit, la rendre encore plus proche de notre sensibilité du 21ème siècle.